Edition No 4/2026

28 Les chauffeuses et les chauffeurs suisses ont des perceptions différentes de leur travail: il y a des passionnés et des désabusés. Le transport routier de marchandises en Suisse a connu de profonds changements structurels. Alors que le nombre d’entreprises de transport a diminué de 17 % entre 2011 et 2021, l’emploi dans ce secteur a augmenté de 9 % au cours de la même période. Cela témoigne d’une concentration croissante: les petites entreprises disparaissent, tandis que les grandes se développent. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard: des mesures politiques telles que la redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations (RPLP), des exigences environnementales plus strictes et l’harmonisation avec la réglementation européenne mettent le secteur sous pression. Dans le même temps, une certaine libéralisation du marché, malgré l’interdiction du cabotage, favorise la concurrence, notamment celle des opérateurs étrangers. Des gagnants et des perdants L’étude dresse un tableau clair à cet égard: les grandes entreprises de transport sont mieux à même de faire face aux nouvelles exigences. Elles investissent dans la numérisation, les systèmes de transport combiné et les innovations écologiques. Les petites et moyennes entreprises, en revanche, luttent souvent pour leur survie. Selon cette étude, la hausse des coûts, la complexité des réglementations et les investissements coûteux, notamment dans des véhicules plus écologiques, pèsent sur elles de manière disproportionnée. La RPLP constitue un facteur particulièrement déterminant: pour certaines entreprises, elle représente jusqu’à 30 % des coûts fixes. Alors que les grandes entreprises peuvent en partie répercuter cette charge sur leurs clients, les petites entreprises n’ont souvent pas cette possibilité. Efficacité et surveillance La modernisation du secteur s’accompagne également de la mise en œuvre de la numérisation. Les tachygraphes électroniques, les systèmes GPS et les logiciels de planifiLe secteur suisse des transports routiers est soumis à une pression énorme en matière de changement, impliquant également toutes les personnes qui le font fonctionner. Une étude récente de la HEG (Haute école d’économie Arc à Neuchâtel) montre de manière frappante à quel point les conditions de travail et l’identité professionnelle des chauffeurs ont profondément changé ces dernières années. Entre liberté et pression Etude relative à la situation des chauffeurs TEXTE: DANIEL VON KÄNEL DESSINS: TRINCO cation sophistiqués permettent une gestion plus précise des transports. Mais ces progrès techniques ont un prix: ils entraînent un contrôle accru et une perte d’autonomie pour les chauffeurs. Le travail est de plus en plus standardisé et surveillé... une évolution qui n’est pas perçue positivement par tout le monde! L’enquête dresse ainsi un tableau

RkJQdWJsaXNoZXIy MjYwNzMx