Critiques massives – Le plan «Transports ’45» fixe de mauvaises priorités

Transport et infrastructure Ausgabe-09-2026

Selon auto-suisse, une meilleure intégration de l’aménagement routier dans la planification des transports constitue une nécessité économique réaliste.

«Le plan ‹Transports ’45› ne tient pas compte des besoins de la Suisse en matière de mobilité» et «L’abandon de projets n’est pas la bonne solution» ne sont que deux des titres qui critiquent la proposition du Conseil fédéral concernant le développement futur des transports.

Dans son projet «Transports ’45», le Conseil fédéral a, pour la première fois, abordé conjointement les thèmes des routes nationales, de l’infrastructure ferroviaire et du trafic d’agglomération; la consultation à ce sujet s’est achevée le 9 octobre. Cette planification conjointe est globalement bien accueillie, mais... «Une planification conjointe ne suffit pas à elle seule à constituer une politique globale des transports crédible», déclare notamment «routesuisse». Et notons également qu’«auto-suisse» critique devant les médias le fait que le Conseil fédéral «fixe ici de fausses priorités».

Ce sont notamment les intentions d’investissement très disparates entre le rail et la route qui suscitent des critiques. Ainsi, le projet prévoit aujourd’hui d’investir jusqu’à 24 milliards de francs dans le rail d’ici à 2045, contre seulement 10 milliards de francs dans les routes. Et ce alors que 68 % des passagers-kilomètres et 63 % des marchandises-kilomètres sont parcourus sur la route, contre respectivement 18 % et 37 % par le rail. C’est pourquoi le développement des infrastructures doit s’orienter en fonction de la demande actuelle et future. «La priorité accordée à l’infrastructure ferroviaire proposée par le Conseil fédéral ne répond pas à cette exigence», critique Peter Grünenfelder, président d’auto-suisse. Et le conseiller aux Etats tessinois Fabio Regazzi (Le Centre) enfonce le clou: «Le développement prévu des routes nationales n’est pas suffisant compte tenu des goulets d’étranglement actuels et prévisibles.» Il faudrait davantage de projets et accorder une plus grande importance aux infrastructures routières, afin que les personnes et les marchandises puissent continuer à atteindre leur destination de manière fiable.

Du côté des transports publics également, des critiques s’élèvent quant à cette priorité accordée au rail. «Nous devons parler davantage de la route, car les transports publics circulent aussi sur la route», a relevé Christa Hostettler, directrice de l’Office fédéral des transports, fin août lors du Future Mobility Forum, «et c’est là un problème qui apparaît dans le cadre de ‹Transports ’45». L’association pour les transports publics Litra, quant à elle, soutient certes le programme «Transports ’45» dans son principe, mais souligne d’emblée dans sa prise de position que l’entretien des infrastructures ferroviaires doit primer sur les grands projets d’extension.

Les heures d’embouteillages, qui atteignent sans cesse de nouveaux records, montrent clairement que l’extension du réseau routier serait nécessaire sur le plan économique et, surtout, qu’elle répondrait à une réalité concrète. «Mais nous assistons à un durcissement des positions et à une guerre de tranchées entre le rail et la route, ce qui est tout à fait déplacé et va totalement à l’encontre de la quête de solutions pragmatiques», déplore la conseillère nationale vaudoise Jacqueline de Quattro (PLR). Ainsi, Benjamin Giezendanner (UDC), conseiller national argovien et transporteur, demande notamment que les 31 projets retirés du programme Step soient réintégrés dans la planification globale, en plus des deux seuls projets de routes nationales programmés dans le plan de circulation de «Transports ’45».

Texte et Photo: Martin Schatzmann