Ne vous sous-estimez pas

Rubrique Juridique Ausgabe-08-2026

Voici comment réussir vos négociations salariales

Si vous faites preuve de fiabilité tout au long de l’année, que vous assumez vos responsabilités et que vous donnez le meilleur de vous-même au quotidien, vous avez tout à fait le droit de parler de votre salaire. C’est justement en octobre et en novembre que se déroulent, dans de nombreuses entreprises, les entretiens annuels et les négociations salariales pour l’année 2027. C’est donc le moment idéal pour faire valoir vos intérêts. Grâce aux conseils suivants, vous serez bien préparé et vous saurez vous montrer convaincant lors des négociations salariales.

Le salaire: plus qu’un simple chiffre

Les négociations salariales ne doivent pas nécessairement être source de confrontation désagréable. Elles constituent l’occasion de discuter avec l’employeur de ses propres performances, de ses responsabilités et de son évolution professionnelle future. Pour les chauffeurs professionnels, de nombreux points peuvent être abordés lors d’un tel entretien. Il s’agit notamment des responsabilités supplémentaires, des missions particulières, de la flexibilité, de l’expérience de longue date, des nouvelles tâches ou des formations continues qui ont été suivies. L’essentiel est de ne pas se contenter de dire «je voudrais une augmentation», mais de pouvoir expliquer pourquoi son travail justifie un ajustement salarial.

Les bons arguments

La hausse du coût de la vie, une augmentation de loyer ou une famille qui s’agrandit peuvent être des raisons personnelles justifiant un besoin d’argent supplémentaire. Cependant, ce ne sont généralement pas les arguments les plus convaincants lors d’une négociation salariale. Il vaut mieux mettre en avant vos performances. Ai-je pris en charge des tâches supplémentaires? Est-ce que j’effectue des tournées plus exigeantes? Est-ce que j’assume davantage de responsabilités concernant le véhicule et le chargement? Suis-je particulièrement flexible en matière d’horaires de travail ou de missions? Ai-je suivi une formation continue ou acquis des qualifications supplémentaires? Plus les arguments sont concrets, mieux c’est. Au lieu de parler de manière générale de «meilleures performances», il faut être en mesure de citer des exemples.

Une bonne préparation

Une négociation salariale réussie commence bien avant l’entretien proprement dit. C’est pourquoi il est utile de passer en revue de manière critique les derniers mois et de consigner ses propres performances. Il peut également être utile de se renseigner sur les salaires pratiqués dans le secteur. Il convient notamment de tenir compte des CCT en vigueur, des réglementations salariales et des accords cantonaux. Les conditions générales peuvent varier en fonction du poste, de l’expérience et du canton.

Proposer un chiffre et s’y tenir

Si vous souhaitez aborder le sujet d’une augmentation de salaire, réfléchissez d’abord à ce que vous attendez concrètement. Il vaut mieux avoir une idée précise du montant souhaité plutôt que de se contenter d’un vague «j’aimerais toucher un peu plus». Il convient également de préciser s’il s’agit du salaire brut ou net, et si le 13e mois est déjà pris en compte dans le calcul. Cela permet d’éviter tout malentendu par la suite. Et il y a encore un autre aspect à prendre en compte lors de la négociation: une fois que vous avez formulé votre demande, un silence peut s’installer. Vous n’êtes pas obligé de céder immédiatement à la panique, ni de relativiser votre demande. Faites en sorte de faire réagir votre employeur.

Si vous n’obtenez pas de «oui»

Toutes les demandes d’augmentation ne sont pas satisfaites. Un refus ne doit donc pas automatiquement mettre fin à la discussion. Il est bien plus important de se demander ce qu’il faudrait pour qu’une augmentation de salaire soit possible. Peut-être que le budget fait défaut pour le moment. Peut-être que l’employeur souhaite d’abord voir certains objectifs atteints ou certaines performances réalisées. Dans ce cas, il faut convenir de ces points de la manière la plus concrète possible. Il peut également être judicieux de fixer une date pour un nouvel entretien. Si aucune marge de manœuvre n’existe au niveau du salaire de base, d’autres avantages peuvent être discutés, selon l’entreprise: des jours de congés supplémentaires, des indemnités plus élevées, des formations continues ou d’autres avantages complémentaires, par exemple. 
Il est important qu’un «peut-être plus tard» sans engagement ne se transforme pas en une promesse en l’air. Si une adaptation salariale ultérieure est envisagée, il convient de préciser aussi clairement que possible les conditions qui s’y appliquent et à quel moment le sujet sera de nouveau abordé.

Qu’en est-il sur le plan juridique?

En principe, il n’existe pas en Suisse de droit légal général relatif à une augmentation salariale annuelle. Toutefois, le contrat de travail, une convention collective de travail en vigueur ou d’autres dispositions contraignantes peuvent jouer un rôle déterminant. Ces textes peuvent, par exemple, prévoir des salaires minimaux ou des échelons salariaux. De même, l’employeur ne peut pas procéder à une réduction de salaire à sa guise. Une modification du salaire convenu contre la volonté du salarié n’équivaut pas, sur le plan juridique, à une négociation salariale normale et nécessite ce qu’on appelle un «congé-modification». 
La négociation salariale individuelle est une chose. Les conditions-cadres applicables à l’ensemble du secteur en sont une autre. Pour toute question relative aux salaires et aux conditions de travail, il est donc utile de se pencher sur les accords régionaux et les réglementations salariales applicables aux différentes sections. Ces textes fixent notamment des salaires de référence destinés à garantir une bonne qualité de vie aux chauffeurs professionnels. Ces normes minimales servent de repères et renforcent la réputation globale de la profession. Des salaires équitables rendent le métier de chauffeur plus attractif. Il est particulièrement important pour les jeunes de pouvoir constater que la performance et les responsabilités sont rémunérées à leur juste valeur: cela permet aussi de contribuer à attirer la relève vers ce métier essentiel. 
Par conséquent, celui qui connaît sa valeur peut en parler avec assurance. Et qui s’engage aux côtés d’autres pour des conditions de travail équitables œuvre non seulement pour son propre salaire, mais aussi pour ceux de l’ensemble de la profession.

Texte: Danijela Lazarevic 
Photo: Archives