Recyclage des pneus – Dans quelle mesure les pneus modernes sont-ils durables?

Véhicules et technique Ausgabe-04-2026

Sans pneus, pas de transport routier. Outre la sécurité et la longévité, la durabilité joue un rôle de plus en plus important.

Aujourd’hui, les pneus sont de plus en plus souvent fabriqués à partir de matériaux durables ou recyclés. Mais quel est l’impact de cette évolution sur leur élimination et leur recyclage en Suisse?

L’industrie du pneu est en pleine mutation: chaque année, la demande en pneus de 20 pouces et plus augmente, conséquence de la taille et du poids croissants des véhicules. Parallèlement, les composants évoluent également: les pneus sont de plus en plus souvent fabriqués à partir de matériaux durables et recyclés. Le fabricant Michelin confirme cette tendance: ses pneus sont aujourd’hui composés en moyenne d’environ 31 % de matières premières renouvelables ou recyclées. Parmi celles-ci figurent le caoutchouc naturel, les plastiques recyclés ainsi que la suie et l’acier recyclés.

De plus en plus, des additifs naturels innovants tels que l’huile de tournesol ou les limonènes issus des écorces d’orange remplacent également les composants d’origine fossile. Selon Cyrille Roget, directeur de la communication scientifique et de l’innovation chez Michelin, ce n’est toutefois pas l’innovation seule qui est déterminante, mais son impact global: les matériaux renouvelables ou recyclés ne sont utilisés que s’ils présentent un meilleur bilan environnemental sur l’ensemble de leur cycle de vie («Cradle to Grave» ou, en français, littéralement «du berceau à la tombe»).

La recyclabilité est préservée

Malgré l’utilisation de nouveaux mélanges de matériaux, Cyrille Roget rassure: «Les pneus sont recyclables à 100 % et le resteront.» Les matériaux alternatifs présenteraient des propriétés comparables à celles des matériaux remplacés et n’affecteraient pas leur recyclabilité.

Du point de vue de l’Association Suisse du Pneu (ASP) également, il n’y a pas de différences fondamentales entre les pneus classiques et ceux contenant une plus grande proportion de matériaux durables. Les composants recyclés et biosourcés font partie intégrante des pneus standard depuis des années déjà, même si c’est en quantités moindres.

La situation se complique toutefois avec les fonctions supplémentaires: les pneus «Seal» anticrevaison, dotés d’un produit d’étanchéité intégré, peuvent obstruer les broyeurs et compliquer le recyclage des matériaux. Ils sont donc souvent valorisés thermiquement. Il en va de même pour les pneus de type «Silent»: alors que les anciens modèles posent problème, les nouvelles solutions, qui intègrent une mousse absorbante collée, permettent de plus en plus souvent une élimination conventionnelle. En Suisse, la valorisation thermique reste le principal mode d’élimination. Les pneus usagés sont notamment utilisés comme combustible de substitution dans les cimenteries. «Il n’est actuellement ni techniquement possible ni économiquement viable de recycler entièrement les pneus», affirme Sven Sievi, président de l’ASP. Les autorités, tout comme le grand public, sont conscients de ces limites.

Parallèlement, des manufacturiers tels que Michelin poursuivent l’objectif à long terme de réutiliser autant que possible les pneus dans le cycle de vie. Cyrille Roget souligne toutefois que la valorisation thermique, notamment par pyrolyse (voir encadré), est très efficace du point de vue du cycle de vie. «La valorisation thermique n’est donc pas en contradiction avec l’économie circulaire, mais constitue un élément important pour parvenir à un cycle des matériaux aussi fermé que possible», explique ce cadre de chez Michelin.

Jetons un œil vers l’avenir

Outre la valorisation énergétique, les procédés de valorisation de la matière prennent de plus en plus d’importance. «Des technologies telles que la pyrolyse ou la valorisation de la matière de haute qualité des granulés de caoutchouc pour la fabrication de revêtements ou de tapis de sol offrent certes un grand potentiel, mais elles doivent encore faire leurs preuves sur le plan économique», explique Sven Sievi. Parallèlement, des normes plus strictes, notamment en matière d’émissions dues à l’abrasion et aux nuisances sonores, continuent de stimuler le développement de nouveaux pneus.

Le fait est que les nouveaux matériaux ne rendent pas systématiquement les pneus plus difficiles à recycler. Les principaux défis proviennent des fonctionnalités supplémentaires et des structures de recyclage, qui doivent suivre le rythme des avancées techniques. La transition vers une véritable économie circulaire est donc moins une question de chimie que de systèmes.

Texte: Fabienne Reinhard
Photos: Archives

 

L’utilisation est plus déterminante que les matériaux

 

Selon Michelin, les matériaux utilisés pour fabriquer un pneu ne représentent que 10 à 15 % de son impact environnemental, tandis que 80 % de cet impact est généré pendant son utilisation. C’est pourquoi le fabricant met l’accent sur la réduction de l’usure des pneus. Entre 2015 et 2020, celle-ci a déjà diminué de 5 % chez Michelin, ce qui correspond à environ 100 000 tonnes de particules en moins dans l’environnement. 

Fabienne Reinhard

Pyrolyse

 

La pyrolyse permet d’obtenir divers produits destinés à être réutilisés:
– de la suie recyclée servant de matière première pour la fabrication de nouveaux pneus;
– des huiles et des gaz utilisés pour la production de carburants ou de matériaux.

Fabienne Reinhard